
La formation professionnelle en entreprise repose sur un cadre juridique qui a sensiblement bougé entre 2024 et 2026. Loi pour la liberté de choisir son avenir professionnel de 2018, puis décrets successifs sur le CPF, puis plafonds introduits par la loi de finances 2026 : les règles du jeu changent pour les employeurs comme pour les salariés.
Comprendre ces évolutions permet de distinguer ce qui relève de l’obligation légale, ce qui dépend de la stratégie RH et ce qui reste flou dans la pratique.
Participation financière au CPF : ce que modifient les textes récents
Depuis le décret n° 2024-394 du 29 avril 2024, tout salarié qui mobilise son Compte personnel de formation doit verser une participation forfaitaire de 100 euros par formation. Au 1er janvier 2025, ce montant a été revalorisé à 102,23 euros. Seuls les demandeurs d’emploi et certains cas d’abondement employeur échappent à cette contribution.
La loi de finances pour 2026 (loi n° 2026-103 du 19 février 2026, article 203) va plus loin. Elle introduit des plafonds de droits mobilisables selon la nature de la formation. L’objectif affiché : orienter la dépense vers les certifications prioritaires (reconversion, compétences cœur de métier) et limiter les usages jugés périphériques.
Pour les entreprises, cette double contrainte (ticket modérateur et plafonds) change la donne. Les dispositifs de co-financement entre CPF du salarié et budget formation de l’employeur deviennent plus complexes à articuler.
Les services RH qui accompagnent les projets individuels de leurs collaborateurs doivent désormais intégrer ces limites réglementaires dans leur politique de développement des compétences. Retrouver des informations professionnelles sur OK Formation peut aider à cartographier les dispositifs encore mobilisables selon chaque situation.

Plan de développement des compétences : obligations légales et zones grises
Le plan de développement des compétences (PDC) a remplacé l’ancien plan de formation. Il regroupe l’ensemble des actions décidées par l’employeur pour adapter les salariés à leur poste, maintenir leur employabilité et développer leurs compétences. Tous les salariés sont concernés, y compris les personnes en contrat d’apprentissage ou de professionnalisation, sans condition d’ancienneté.
L’employeur reste libre de choisir qui bénéficie d’une formation, à condition que ce choix ne repose pas sur des critères discriminatoires. En revanche, la frontière entre formation obligatoire et formation non obligatoire n’est pas toujours nette dans la pratique.
Formations obligatoires et formations facultatives : une distinction qui pèse
Les formations obligatoires (sécurité au travail, adaptation au poste, respect de réglementations sectorielles) se déroulent sur le temps de travail et la rémunération est maintenue. Pour les formations non obligatoires, les retours terrain divergent sur ce point : certaines entreprises les intègrent au temps de travail, d’autres négocient des modalités spécifiques par accord collectif.
Cette distinction a des conséquences concrètes sur le budget formation. Une action classée « obligatoire » ne peut pas être refusée par le salarié sans risque disciplinaire. Une action « non obligatoire » suppose en théorie l’accord du salarié, mais les données disponibles ne permettent pas de conclure que ce consentement est systématiquement formalisé dans les TPE-PME.
Qualiopi et financement des formations : ce qui change en 2026
La certification Qualiopi conditionne l’accès aux fonds publics et mutualisés pour les organismes de formation. Le référentiel a évolué en 2026, avec des exigences renforcées sur la traçabilité des parcours et l’évaluation des résultats. Pour les entreprises qui financent des formations externes, cela signifie un filtre supplémentaire : un organisme non certifié Qualiopi ne peut plus être pris en charge par un OPCO.
Parallèlement, une réforme des OPCO prévue pour octobre 2026 remet en question la subrogation de paiement. Si cette mesure entre en vigueur, les entreprises devront avancer les frais de formation avant remboursement, ce qui pénalise particulièrement les structures à trésorerie tendue.
- Vérifier la certification Qualiopi de l’organisme avant toute inscription, sous peine de ne bénéficier d’aucune prise en charge
- Anticiper l’impact de la fin éventuelle de la subrogation sur le budget formation annuel
- Consulter son OPCO pour connaître les modalités de financement actualisées selon la taille de l’entreprise et le secteur d’activité

Gestion prévisionnelle des compétences : au-delà du catalogue de formations
Le PDC ne se résume pas à une liste de stages. Il s’inscrit dans une logique de gestion prévisionnelle des emplois et des compétences (GPEC), qui consiste à anticiper les besoins en compétences en fonction de la stratégie de l’entreprise. Les représentants du personnel sont consultés chaque année sur ce plan.
Trois leviers composent le PDC au-delà des actions de formation classiques :
- Les bilans de compétences, qui permettent d’évaluer les aptitudes et d’identifier les besoins de développement individuels
- La validation des acquis de l’expérience (VAE), qui offre une reconnaissance officielle des compétences acquises en situation de travail
- Les actions de formation en situation de travail (AFEST), qui formalisent l’apprentissage directement sur le poste
L’AFEST mérite une attention particulière. Ce format, reconnu depuis la loi de 2018, reste sous-utilisé par rapport aux formations classiques en salle ou en e-learning. Il suppose un accompagnement structuré par un tuteur interne et une phase réflexive documentée. Les entreprises qui l’adoptent rapportent une meilleure appropriation des gestes professionnels, mais sa mise en place demande un investissement en ingénierie pédagogique que toutes les structures ne peuvent pas mobiliser.
Apprentissage et alternance : un levier de développement sous tension budgétaire
L’apprentissage constitue un autre axe du développement des compétences en entreprise. Les aides à l’embauche d’apprentis ont fluctué ces dernières années, et le gouvernement appelle régulièrement les entreprises à recruter des alternants. Des milliers de jeunes en formation restent chaque année sans entreprise d’accueil, ce qui interroge l’adéquation entre les incitations publiques et les contraintes financières des employeurs.
Le cadre réglementaire de la formation professionnelle en entreprise se densifie d’année en année. Entre la participation obligatoire au CPF, les plafonds de la loi de finances 2026, les évolutions de Qualiopi et la possible fin de la subrogation OPCO, les marges de manœuvre se réduisent pour les petites structures. Construire un plan de développement des compétences cohérent suppose désormais une veille réglementaire permanente, pas seulement un budget et un catalogue.